Mise à pied disciplinaire : définition, procédure et recours du salarié
La mise à pied disciplinaire suspend le contrat et la rémunération sans rompre le contrat.
- Prévue par l’article L1331-1 du Code du travail.
- Sanction limitée dans le temps, jamais indéterminée.
- Période entièrement non rémunérée pour le salarié.
- Le salarié retrouve son poste à l’issue de la sanction.
- Doit être prévue au règlement intérieur dès 50 salariés.
- Sanction proportionnée à la faute, sous contrôle du juge.
Définition de la mise à pied disciplinaire
Ce que dit le Code du travail (article L1331-1)
La mise à pied disciplinaire est une sanction lourde par laquelle l’employeur suspend temporairement le contrat de travail du salarié et cesse de le rémunérer pendant toute la durée de la sanction. L’article L1331-1 du Code du travail la range parmi les sanctions disciplinaires que l’employeur peut infliger en cas de faute du salarié. Elle se distingue de l’avertissement et du blâme par sa gravité, sans pour autant rompre le contrat comme le ferait un licenciement.
Concrètement, le salarié est écarté de l’entreprise pendant un nombre de jours défini, et cette période n’est pas rémunérée. La sanction s’éteint d’elle-même à l’issue de la période fixée : le salarié retrouve son poste sans autre formalité. C’est cette limite dans le temps qui la différencie fondamentalement d’un licenciement, lequel met un terme définitif à la relation de travail.
Les caractéristiques d’une sanction disciplinaire valable
Pour être valable, une mise à pied disciplinaire doit réunir plusieurs conditions cumulatives. À défaut, elle risque l’annulation devant le Conseil de prud’hommes.
- Prévue au règlement intérieur : obligatoire dès 50 salariés et plus.
- Proportionnée à la faute : un retard isolé de 15 minutes a déjà été jugé disproportionné.
- Nécessairement limitée dans le temps : une durée fixée à l’avance, jamais indéterminée.
- Distincte du licenciement : elle suspend le contrat sans le rompre.
Le juge exerce un contrôle strict sur la proportionnalité. Une mise à pied de 8 jours pour un simple retard a ainsi pu être annulée, alors qu’un retard injustifié de 2 heures justifiait tout au plus un avertissement.
Différence avec la mise à pied conservatoire

| Critère | Mise à pied disciplinaire | Mise à pied conservatoire |
|---|---|---|
| Nature | Sanction définitive | Mesure provisoire de précaution |
| Durée | Limitée, plafonnée par le règlement | Indéterminée jusqu’au licenciement |
| Faute requise | Toute faute disciplinaire | Faute grave ou lourde |
| Rémunération | Suspendue pendant la sanction | Suspendue pendant la mesure |
| Suite procédurale | Aucune, sanction exécutée | Licenciement disciplinaire |
La mise à pied conservatoire n’est pas une sanction. Elle sert à écarter immédiatement un salarié dont la présence présente un risque pour l’entreprise, les personnes ou les biens. Elle est concomitante à une procédure de licenciement disciplinaire et obéit aux règles de l’article L1332-3 du Code du travail.
Si l’employeur tarde à notifier la sanction, le salarié peut demander la requalification en mise à pied disciplinaire. Cette requalification ouvre droit à un rappel de salaire pour toute la période excédentaire.
Le principe non bis in idem
Un même fait ne peut donner lieu à deux sanctions successives. Si une mise à pied disciplinaire a déjà été prononcée pour des faits donnés, l’employeur ne peut plus licencier le salarié sur le fondement de ces mêmes faits. Ce principe protège le salarié contre un double châtiment.
La mise à pied disciplinaire s’exécute immédiatement, tandis que la mise à pied conservatoire suppose l’urgence. L’employeur doit engager la procédure de licenciement sans délai. Un délai excessif entre l’éloignement et la convocation à entretien suffit à faire basculer la mesure dans le champ disciplinaire. La frontière entre les deux est donc strictement encadrée par la jurisprudence.
Procédure disciplinaire : convocation, entretien, notification
Les étapes obligatoires de la procédure
La mise à pied disciplinaire est une sanction lourde. Elle impose donc le respect d’une procédure précise, dite procédure « lourde », sous peine de nullité.
- Convocation : envoyée par LRAR ou remise en main propre contre décharge
- Entretien préalable : obligatoire avant toute notification de sanction
- Assistance : le salarié peut être accompagné par une personne de son choix
- Notification écrite : au minimum 2 jours ouvrables après l’entretien
- Délai maximum : la notification doit intervenir dans le mois suivant l’entretien
- Prescription : 2 mois maximum pour engager des poursuites après connaissance des faits
Les délais à respecter sous peine de nullité
Le point de départ du délai de prescription est la date à laquelle l’employeur a une connaissance exacte des faits. Si les faits sont connus le 16 mai, les poursuites doivent être engagées avant le 16 juillet à minuit. Passé ce terme, la sanction devient impossible.
La convocation doit respecter un délai de 5 jours ouvrables minimum avant l’entretien. Ensuite, la notification ne peut être envoyée avant 2 jours ouvrables, ni après 1 mois. Chaque étape manquée fragilise la sanction et ouvre droit à contestation devant le Conseil de prud’hommes.
Comment contester une mise à pied disciplinaire
Si vous estimez la sanction injustifiée, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes dans un délai de 2 ans. Une mise en demeure préalable adressée à l’employeur reste possible pour tenter une régularisation amiable avant l’audience.
Pour prolonger la visite
Si la sanction vous semble injustifiée, sachez que le management et les ressources humaines recrutent régulièrement, avec un salaire net médian attractif. Côté employeur, une gestion des relations sociales apaisée repose sur un dialogue constructif entre direction, RH et représentants du personnel. Enfin, un ancien employeur et les références doit obtenir votre autorisation écrite avant toute prise de contact.
La sanction disciplinaire suppose une organisation rigoureuse du personnel : la gestion administrative du personnel intérimaire montre comment digitaliser les processus pour limiter les oublis et sécuriser chaque étape.
Deux motifs principaux permettent d’obtenir l’annulation : une procédure irrégulière (convocation tardive, entretien non respecté) ou une sanction disproportionnée à la faute commise. La justice a déjà jugé qu’un simple retard isolé de 15 minutes ne justifiait pas une mise à pied de 8 jours.
Lorsque la sanction est annulée, l’employeur doit verser un rappel de salaire intégral, auquel s’ajoutent les congés payés afférents. Bon à savoir : une sanction annulée ne peut plus être prononcée une seconde fois pour les mêmes faits.
Durée maximale et conséquences salariales
Le Code du travail ne fixe aucune durée maximale légale à une mise à pied disciplinaire. C’est le règlement intérieur qui plafonne la sanction, par exemple 8 jours, et la convention collective peut imposer un plafond plus protecteur, comme 5 jours. En pratique, les durées les plus courantes vont de 3 à 8 jours ouvrables.
Pendant toute la durée de la mise à pied, le contrat est suspendu et le salarié n’est pas rémunéré. Cette absence peut aussi réduire la prime d’assiduité, quel que soit le motif. Un retard isolé de 15 minutes ne justifie pas une mise à pied, et une sanction de 8 jours pour un simple retard est jugée disproportionnée.
À l’inverse, un retard injustifié de 2 heures peut déjà motiver un avertissement. La sanction doit donc rester proportionnée à la faute, sous peine d’annulation par le Conseil de prud’hommes.
Mise à pied conservatoire : fonctionnement et articulation avec la procédure de licenciement
La mise à pied conservatoire est une mesure de précaution, pas une sanction. Elle sert à éloigner immédiatement le salarié de l’entreprise lorsqu’une faute grave ou lourde exige une vérification urgente. Le contrat est suspendu et le salarié n’est pas rémunéré pendant cette période. Sa durée est indéterminée : elle n’est pas plafonnée par le règlement intérieur, contrairement à la mise à pied disciplinaire.
Prévue à l’article L1332-3 du Code du travail, elle doit être concomitante à une procédure disciplinaire et suivie rapidement d’une sanction légale, licenciement ou sanction moindre. Si l’employeur laisse s’écouler un délai excessif entre la mise à pied et la procédure de licenciement, les juges peuvent la requalifier en mise à pied disciplinaire, avec les conséquences salariales qui en découlent.
Autre limite : le principe non bis in idem interdit de sanctionner deux fois les mêmes faits. Si la mise à pied conservatoire est requalifiée en sanction, l’employeur ne peut plus prononcer un licenciement pour ces mêmes faits.
